[Avis] Nightcall : méthodologie du cynisme

décembre 11, 2014 dans Critiques cinéma, Films & Séries par Davidson

Review of: Nightcall
Réalisé par :
Dan Gilroy

Reviewed by:
Rating:
5
On 11 décembre 2014
Last modified:11 décembre 2014

Summary:

Nightcall nous dépeint une société moderne avec un œil cynique particulièrement acéré.

Nightcrawler-Poster

Attention, nous frôlons le chef-d’oeuvre. Si vous voulez voir un excellent film mature et sombre pour cette fin d’année, allez voir Nightcall. Vendu comme le successeur de Drive car produit par la même personne, Nightcall est en fait le premier film réalisé par Dan Gilroy. Et ce que l’on peut dire c’est que le film est réussi. Mon avis ci-dessous.

Synopsis : Louis Bloom (Jake Gyllenhaal) a besoin d’argent et d’un boulot. Il va découvrir que le métier de Nightcrawler, chercheur de scoop, peut-être sacrément payé. Il va donc partir à la recherche du crime le plus atroce pour faire les images les plus impressionnantes. Et cela, quitte à mettre son éthique de côté…

Petit à petit, Lou va se professionnaliser en s’achetant du matériel de pro, en engageant un assistant mais surtout, il va glisser de plus en plus vers du trash et du sensationnalisme quitte à ne pas respecter l’éthique journalistique.

L’incroyable performance de Jake Gyllenhaal en est beaucoup dans le succès du film. Il incarne à merveille le sociopathe prêt à tout pour réussir. C’est le symbole de l’autodidacte qui apprend tout d’internet. On n’a pas l’impression qu’il a une vie sociale très importante. Mais pourquoi s’embarrasser puisque l’on peut tout trouver sur internet ? C’est un peu une critique de la société d’aujourd’hui. A force de se référer à des théories de coachs ou prétendus experts, on se retrouve à être déconnecté de la vie réelle.

nightcall

Et c’est là le vrai message du film : une critique de notre société. Nightcall dépeint avec un cynisme incroyable le monde du journalisme sensationnaliste. Les sujets qui fonctionnent le mieux sont les faits divers, et plus c’est sanglant et glauque, et plus les audiences sont au rendez-vous. Lou le comprend très vite et est à la recherche du trash à tout prix. Les images doivent être explicites et ne respectent pas l’intimité des victimes.

Mais ce sont les téléspectateurs qui veulent cela, c’est la société qui est devenue comme ça. Elle s’est déshumanisée pour s’individualiser. Les seules valeurs importantes sont le succès personnel et l’argent. C’est un monde pour Lou, simple amateur en relations humaines, il sait néanmoins comment manipuler. Il est le parangon du manager. Il sait comment jouer sur plusieurs tableaux, la carotte et le bâton, la motivation et les menaces. Tout ce qui est en lui nous fait penser au chef d’entreprise lambda, surtout les phrases toutes faites et citations de manager que l’on pourrait trouver sur internet. Pendant tout le film, Nightcall nous décrit le monde impitoyable de l’entreprise. De sa création, en passant par l’entretien d’embauche, la négociation salariale, la création de son réseau, la motivation, les choix à prendre, la pression de la hiérarchie. Tout le monde de l’entreprise est dépeint dans ce film. Et c’est là la grande force de Nightcall, nous montrer une réalité, sous prétexte d’une autre réalité. Mais ce travail de mise en scène, n’est-ce pas ce que nous fait Lou Bloom pendant tout ce film ?

En conclusion, Nightcall est un excellent film avec plusieurs lectures possibles. Cynique à souhait, le film n’est pas moralisateur ni trop trash. Tout ce qu’il faut pour faire un bon film.

Nightcall nous dépeint une société moderne avec un œil cynique particulièrement acéré.